Comme cela était prévisible, la nouvelle hausse du SMIC conduit une nouvelle fois des centaines de milliers d'agents publics à être rattrapés par le salaire minimum.
À compter du 1er juin 2026, le gouvernement met donc en œuvre l'indemnité différentielle prévue par les textes afin qu'aucun agent public ne perçoive une rémunération indiciaire inférieure au SMIC. Selon les chiffres communiqués par le ministère, près de 862 000 agents publics sont concernés, dont plus de 300 000 agents de l'État.
Cette situation illustre surtout un problème de fond : le tassement progressif des grilles indiciaires.
Dans la fonction publique, les débuts de carrière de catégorie C sont désormais régulièrement rattrapés par le SMIC. Les écarts se réduisent également en catégorie B et atteignent désormais la catégorie A. À force de revaloriser le salaire minimum sans revaloriser les grilles, les différences de rémunération liées à l'ancienneté, aux qualifications et aux responsabilités exercées s'amenuisent.
Les personnels administratifs, les personnels de laboratoire (ATRF), les magasiniers des bibliothèques ainsi que les personnels de la filière ITRF sont directement concernés. Dans de nombreux corps de catégorie C et B, les premiers niveaux de rémunération ne reflètent plus les qualifications exigées, les compétences mobilisées ni les responsabilités exercées au quotidien. La progression de carrière perd progressivement son sens alors même que les métiers connaissent des difficultés croissantes de recrutement et de fidélisation.
Sept années de carrière pour... le même salaire
Prenons l'exemple d'une ADJAENES principale de 2e classe ayant environ sept années d'ancienneté dans son grade.
Positionnée au 7e échelon, son traitement indiciaire brut s'élève à 1 855,89 €.
Un collègue recruté aujourd'hui au 1er échelon du même grade perçoit quant à lui un traitement indiciaire brut de 1 806,66 €.
Mais comme ces deux montants sont désormais inférieurs au SMIC brut fixé à 1 867,02 € au 1er juin 2026, l'indemnité différentielle vient compléter les deux rémunérations jusqu'au niveau du salaire minimum.
Résultat : entre une collègue disposant de sept années d'ancienneté et un collègue qui débute sa carrière, l'écart de rémunération brute garanti est devenu nul.
Sept années d'expérience, d'investissement professionnel et d'avancement absorbées par le rattrapage du SMIC.
Plus encore, le nouvel agent continuera de progresser d'échelon pendant plusieurs années sans que cela ne produise d'effet concret sur sa rémunération. Son avancement sera simplement compensé par une diminution progressive de l'indemnité différentielle.
Réussir un concours pour quelques euros de plus
Le phénomène ne s'arrête plus à la catégorie C.
Aujourd'hui, plusieurs échelons de catégorie B sont eux aussi rattrapés par le SMIC. Dans certains cas, un agent qui réussit un concours de SAENES ou de technicien de recherche et de formation (TRF) ne constate plus l'écart de rémunération qui existait auparavant entre les catégories C et B.
Pour les collègues, le signal est désastreux : réussir un concours, exercer davantage de responsabilités et accéder à une catégorie supérieure ne se traduit plus par une progression salariale significative.
Une retraite qui risque de décrocher
L'indemnité différentielle permet d'éviter qu'un agent soit rémunéré en dessous du SMIC. Mais elle ne constitue pas une réponse durable. Elle n'améliore ni la carrière, ni les perspectives salariales, ni les droits à retraite.
Dans une telle situation, un départ à la retraite s'effectuerait sur la base du traitement indiciaire détenu, c'est-à-dire d'un niveau inférieur au SMIC. L'indemnité différentielle n'étant pas intégrée dans le calcul de la pension, le mécanisme protège temporairement le salaire mais ne protège pas la retraite.
Le poids croissant des primes
Le tassement des grilles n'a pas seulement des conséquences sur la rémunération actuelle. Il prépare également une baisse du niveau de vie à la retraite.
Prenons le cas d'une collègue ADJAENES en fin de carrière. Son traitement indiciaire peut représenter environ 1 600 à 1 700 € bruts, auxquels s'ajoutent plusieurs centaines d'euros de régime indemnitaire (IFSE, CIA, etc.).
Dans de nombreux cas, les primes représentent désormais près d'un quart de la rémunération totale.
Ainsi, pour une rémunération brute mensuelle de 2 200 €, il n'est pas rare que 500 à 600 € proviennent du régime indemnitaire.
Or la pension de retraite est calculée principalement à partir du traitement indiciaire. Les primes ne sont prises en compte que de manière très limitée par le régime additionnel de la fonction publique (RAFP).
Pour mesurer l'enjeu, prenons l'exemple d'une collègue percevant 600 € mensuels d'IFSE. Si cette somme était intégrée au traitement indiciaire, elle pourrait représenter environ 450 € de pension supplémentaire. Dans le système actuel, la RAFP n'apporte souvent qu'une quarantaine à une cinquantaine d'euros par mois.
Autrement dit, plusieurs centaines d'euros de rémunération perçus pendant toute une carrière disparaissent presque entièrement au moment du départ en retraite.
Résultat : une collègue percevant 2 200 € bruts en activité peut voir sa pension calculée essentiellement sur une base comprise entre 1 600 et 1 700 € bruts, avec seulement un complément limité apporté par la RAFP.
Pendant que les gouvernements développent les primes pour éviter de revaloriser les grilles, ils organisent une double perte : aujourd'hui sur la carrière, demain sur la retraite.
Revaloriser les grilles, pas les rustines
L'indemnité différentielle est une mesure de rattrapage. Elle évite le scandale de rémunérations inférieures au SMIC mais ne règle rien sur le fond : ni le tassement des grilles, ni la perte de pouvoir d'achat, ni la dégradation des retraites.
Pour le SNASUB-FSU, il est urgent d'engager une véritable revalorisation des grilles indiciaires et du point d'indice.
Le SNASUB-FSU porte avec la FSU des revendications claires : une augmentation immédiate d'au moins 15 points d'indice pour toutes et tous, une revalorisation d'urgence de 10 % de la valeur du point d'indice, ainsi qu'un plan pluriannuel de reconstruction des carrières et des grilles indiciaires.
Lorsque des années d'expérience, de qualifications et de responsabilités ne se traduisent plus dans la rémunération, ce sont les carrières des ADJAENES, ATRF, magasiniers, SAENES, TRF et plus largement de l'ensemble des personnels de l'Éducation nationale qui perdent leur attractivité.
La reconnaissance des personnels passe par une véritable revalorisation du point d'indice et des grilles indiciaires. C'est la seule façon de redonner du sens aux carrières, de reconnaître l'expérience professionnelle et de garantir une retraite à la hauteur d'une vie entière passée au service public.